Accompagner nos anciens …..Un grand défi et un immense cadeau

ma maman, Djerba, juillet 2024

Comme tous les ans, je suis venue à Djerba pour un long séjour et cette chance qui m’est donnée fait naître dans mon cœur une profonde gratitude.

Revenir sur mon île, c’est pouvoir retrouver ma famille élargie et mes lieux d’origine, savourer de tous mes sens la lumière du Sud, emplir mes poumons de l’air de la mer, mes narines des senteurs des épices et du poisson frais, me délecter du parfum et de la saveur fruités de l’huile des oliviers qui poussent aux alentours…

Je viens d’une culture où les anciens sont vénérables et jouissent d’une place privilégiée dans les familles.

Qui dit famille élargie, dit aussi responsabilités familiales élargies. Aujourd’hui, j’aimerais en partager une avec vous que je prends particulièrement à cœur : entourer ma maman.

La Vie lui a fait cadeau d’une grande autonomie si bien qu’à l’âge vénérable de 88 ans, elle peut encore vaquer à ses occupations quotidiennes en toute autonomie.

Mais en février dernier, la Vie a aussi emporté une de ses sœurs dont elle était très proche, et jeté pour elle une ombre particulière sur cet été.

De mon côté, je prends un immense plaisir à l’accompagner, tout en traversant parfois des moments de tristesse, par exemple lorsque je peine à comprendre pourquoi elle est n’est pas contente ou pourquoi elle se plaint. Il m’arrive aussi de tomber dans la comparaison (pourquoi ne puis-je pas vivre avec ma mère la même complicité qu’avec mon père ?) ou dans les attentes (si seulement ma mère pouvait se rendre compte de la chance qu’elle a d’être si bien entourée par tous les siens !).

Je me suis rendu compte que ces pensées me crispaient et me coupaient de mon cœur. Alors j’ai pris le parti de diriger mon attention sur ce qui parlait en moi et voici ce que j’ai découvert.

Certes, les anciens ont par moment des exigences difficiles à satisfaire, ils nous semblent parfois capricieux ou injustes. Mais ce sont eux qui se préparent à quitter une existence terrestre qui leur est chère et familière. La perte d’un proche devient alors un rappel impitoyable du départ qui s’approche. Ce chemin vers l’Inconnu est aussi inéluctable que difficile et se dessinent souvent un profond sentiment d’isolement, une incapacité à en parler, à le partager.

Alors parfois les conversations perdent de leur sens. Le silence s’impose comme une nécessité. Nous devons nous avouer que nous ne savons pas et cela n’est pas facile.

Voici ce qui m’aide à garder le lien avec ma maman :

o   je me relie à sa fragilité, physique et psychique, encore et encore – alors mon cœur s’ouvre et j’accepte mieux certains de ses comportements lorsqu’ils sont difficiles pour moi

o   lorsque j’observe que j’ai des attentes, j’essaie de me dire « j’arrête d’attendre autre chose que ce qu’elle est, qu’elle donne »

o   je me rappelle que je fais de mon mieux mais que je ne suis pas responsable de ce qu’elle ressent

o   je reviens vers mon ressenti dans la bienveillance

o   je sème des graines de gratitude toute simples dans notre relation et je lui dis : « Merci pour ce moment ».

Je remercie ma maman et toutes les anciennes : elles sont les gardiennes du trésor d’une longue vie, d’une riche expérience et de perles de sagesse. Nos mères nous ont donné la Vie, à nous de prendre soin de ce cadeau et de les honorer, sans jamais oublier que bientôt viendra le moment où nous serons, à notre tour, les anciennes qui se préparent à quitter la Terre-Mère pour l’Inconnu…